Le premier
pain d'épicier digne de ce nom à Dijon est cité
en 1711 dans les rôles des tailles : Bonnaventure Pellerin, vendeur
de pain d'épice et cabaretier, rue Saint-Nicolas (rue Jean-Jacques
Rousseau actuelle), imposé pour huit livres. C'est un petit artisan.
Barnabé
Boittier : né à Dijon, baptisé dans la paroisse Saint-Nicolas
le 26 février 1768, fils de Louis-François, originaire de
Langres et fabricant de pain d'épice. Il épouse Anne Lavenir,
fille de marchand de pain d'épice. Devenu veuf, Boittier épouse
Adrienne Gerbet.
Le 6 ventôse
an XIII, il acquiert l'hôtel Catin de Richemont, sis 13, place Saint-Jean
(place Bossuet actuelle). Ses affaires prospèrent :
M. Boittier, fabricant
de pains d'épice de toute espèce, façons de Reims
et Montbeillard, fait pains d'épice de santé, et toutes
sortes de croquets en pâte d'amande et à la fleur d'orange.
Il a un assortiment en grand de tous ces objets pour le jour de l'an.
(annonce parue dans Le journal de la Côte d'Or, 20 floréal
an XIII).
En
1842, Boittier fait repeindre la façade de son magasin, place Saint-Jean.
Il restaure également le toit. La maison a été conservée
en l'état (maison à pan de bois et encorbellement, dans
sa partie supérieure).
Barnabé
Boittier prend sa retraite à soixante ans. Il se retire en 1838.
Son fils Auguste est avocat. La boutique est donc vendue à Louis
Mulot, âgé de vingt ans, fils d'un serrurier de Lux (Côte
d'Or). Mulot épouse en 1841 la nièce par alliance de Boittier,
qui est son témoin. Le deuxième fils de Mulot reprend la
maison en 1880 et la maintient jusqu'en 1901 puis il la cède à
son gendre, Louis-Auguste Petitjean, fils d'Antoine-Alfred, confiseur.
Louis-Auguste fabrique déjà du pain d'épice. Il est
le successeur de Jean-François Céry, fabricant de pain d'épice
rue Bossuet, n°21, né en 1828.
La
maison Mulot-Petitjean est formée. A l'heure actuelle, cette maison
reste la seule héritière d'une longue tradition de fabricants
de pains d'épice.
La
réputation de Dijon est acquise à la fin du XIXème
siècle. La Grande Encyclopédie (1885-1902) précise
: En France, le pain d'épice le plus renommé pour sa finesse
est celui de Dijon.
A partir de 1850 et
jusqu'en 1940, Dijon compte en moyenne huit à douze fabriques de
pain d'épice :
Mulot-Céry-Petitjean ;
Auger (56, rue des Forges) ;
Boucher (rue de l'Ecole de Droit, jusqu'en 1867)
Bourgeois (rue Piron, de 1862 à 1880) ;
Couturier (rue Amiral Roussin, de 1868 à 1885) ;
Loidreau (rue Amiral Roussin, de 1885 à 1896) ;
Rondot (rue du Chapeau Rouge, passé à Philbée en
1895) ;
Tanret (rue Piron, de 1877 à 1889) ;
La Veuve Agron (rue Piron, de 1889 à 1903) ;
Sarette, puis Bertrand (rue de la Liberté, en 1901) ;
Michelin (rue du Chapeau Rouge) ;
Guilleminot (rue du Chemin de Ronde) ; .........
En
1911, douze fabriques emploient 170 personnes. La production est de 3
tonnes par jour.
En 1940, quatorze
fabriques occupent 300 ouvriers et produisent 25 tonnes par jour. La maison
Philbée a jusqu'à 100 employés : après les
fours à bois où sont brûlés les bouleaux de
Hauteville, Charles Philbée, d'origine parisienne, a des fours
à coke puis des fours à gaz à balancelle.
Après 1945,
la production tombe à 1256 tonnes en 1946. En 1956, le tonnage
d'avant la guerre est légèrement dépassé (4500
tonnes). Mais les fabriques ont disparu l'une après l'autre : le
vrai pain d'épice demande une fabrication artisanale qui se révèle
trop exigeante.